Saison 2009-2010

Concerts donnés en mai-juin 2010

Accompagné par Corinne Fructus (soprano), Joëlle Gay (mezzo) et Saori Sato (organiste), Voce Tolosa a donné 3 concerts : 2 à Toulouse et 1 à Martel (Lot).

La photo ci-dessous a été prise au cours du concert à la chapelle Ste Anne (Toulouse), le mardi 11 mai :

Antonio Vivaldi et la musique religieuse

La République de Venise vit au XVIIIe siècle ses dernières heures de gloire.

Mais quatre Ospedali continuent de recueillir des jeunes filles orphelines  et leur prodiguent une excellente éducation, dans laquelle la musique tient une large place. On vient de l’Europe entière pour écouter les orchestres et chœurs de ces jeunes filles « en habit blanc, avec un bouquet de grenade sur l’oreille », dont « les voix sont adorables pour la tournure et la légèreté » (Ch. de Brosses, 1739).

C’est à l’Ospedale della Pietà, fondé en 1346, qu’Antonio Vivaldi fait son entrée en 1703 en tant que maître de violon.

Il a alors 25 ans, il est prêtre depuis 6 mois, mais c’est surtout un prodigieux violoniste, qui a fait ses classes auprès de son père, Giacomo.

Il consacrera plus de 20 ans, de façon discontinue, à l’Ospedale della Pietà, où il sera nommé maître des concerts en 1716, mais n’accédera jamais au poste suprême de maestro di coro. Pourtant, entre 1714 et 1719, il assure une sorte d’intérim, et c’est pendant cette époque qu’il compose quelques-unes de ses plus belles œuvres religieuses.

Ses deux Gloria (RV 589 et RV 588) datent de cette période, ainsi que le Magnificat (RV 610) et le Credo (RV 591).

Le Gloria RV 588, composé probablement après le RV 589 (si on en croit le papier sur lequel il a été écrit), est beaucoup moins connu que ce dernier ; il en utilise quelques traits, notamment la fugue finale (« Cum sancto spiritu »), elle-même empruntée au compositeur véronais Ruggieri. C’est pourtant une œuvre magnifique, au caractère intimiste, en particulier dans le chœur « Et in terra pax » et dans les airs de solistes.

Le Credo a dû être écrit durant la même saison que le Gloria RV 588 (même papier). C’est une très belle page, qui enchaîne quatre chœurs : le 1er et le 4ième chœurs affirment avec force la foi en Dieu, le 2ième (« Et incarnatus est ») est empreint de douceur tandis que le 3ième (« Crucifixus ») traduit merveilleusement l’affliction du croyant.

Le Magnificat RV 611 que Voce Tolosa donne ce soir est une reprise tardive (1739) de la version RV 610 composée durant la période 1713-1717. Vivaldi avait alors repris du service pour l’Ospedale della Pietà, juste avant de quitter définitivement Venise pour Vienne, où il mourra en 1741, déjà oublié de tous. Certains des chœurs de la 1ère version ont été remplacés par des airs pour des jeunes filles de la Pietà.

Ecrit pour double chœur, le Kyrie (RV 587) ne semble pas avoir été écrit pour la Pietà ; il daterait de 1720 et aurait été destiné à l’église San Lorenzo in Damaso à Rome. La fugue finale a été reprise par Vivaldi dans son concerto pour violon Madrigalesco.