Archive pour janvier 2011

L’église St Paul d’Auterive, (commune de 8000 habitants au sud-est de Toulouse), magnifiquement restaurée et mise en valeur par de subtils éclairages, possède de nombreux trésors: fresques, sculptures, tableaux, statues, fers forgés, etc… Un orgue du XVIII ème siècle séduit particulièrement les musiciens, et une association des amis de l’orgue très activement  présidée par Mme Marie-France Gélard, organiste titulaire du lieu, fait vivre et apprécier  l’instrument par l’organisation de concerts réguliers.

C’est dans ce cadre très porteur, que VIVA VOCE se produit régulièrement, puisque des liens tant amicaux que musicaux se sont liés au fil des ans avec l’équipe organisatrice. Séduit par l’accueil chaleureux, la beauté des lieux, l’ acoustique… et le chauffage, l’ensemble vocal proposait cette année les « Vêpres pour la fête des Saints Innocents » de Johann Michaël Haydn.

Écrite à l’origine pour le chœur d’enfants de la cathédrale de Salzbourg, cette oeuvre (aussi peu connue que son auteur, frère cadet du grand Joseph),  met en valeur les trois pupitres du chœur, mais aussi l’individualité des voix par de courts soli qui ponctuent les différentes pièces des vêpres (voir ce chapitre dans la catégorie « Répertoire »). Un ensemble instrumental à cordes (Violon I et II) et un continuo à l’orgue positif et au violoncelle enrichissent l’ensemble. Mais l’originalité de cette interprétation réside dans la présence d’une « schola » de voix d’hommes, qui chante les antiennes grégoriennes encadrant les psaumes, ramenant toujours ces pièces souvent brillantes vers une plus grande intériorité.

En première partie du concert, les jeunes instrumentistes, lauréates du Conservatoire de Toulouse, ont donné un aperçu de leur talent dans un programme proposant une intelligente progression allant du solo (Allemande pour Violoncelle seul de J.S.Bach) à un duo de Mozart, pour conclure par une très belle interprétation du Concerto pour la nuit de Noël de Corelli. Citons les toutes: Sonia Rodriguez et Maïllis Bonnefous au violon, Agnès Mathieu au violoncelle, Tania Dovgal à l’orgue.

Beatus vir (extrait du concert – fichier MP3)

Trois photos du concert (clichés Ch.M. De Graeve):

L’office des vêpres fait partie de l’ « Office des Heures », que lisaient quotidiennement les membres du clergé séculier (prêtres de paroisse) dans leur « bréviaire », et que chantent les communautés monastique ; il comprend huit moments bien caractérisés, de l’office de « prime » (office nocturne ) à celui de « complies » avant le coucher. L’ossature principale de l’Office des Heures est constituée par les 150 psaumes de l’Ancien Testament, répartis sur les offices d’une semaine, et donc lus, psalmodiés ou chantés intégralement dans ce laps de temps hebdomadaire.

Rappelons que les Psaumes, probablement écrits entre le Xème et le Vème siècle avant notre ère, et attribués dans la Bible au roi David, sont des textes poétiques, dont le nom lui-même évoque un élément musical (le mot grec « psalmos » évoque le jeu d’un instrument à cordes). Cependant il ne faut pas imaginer que des textes musicaux nous soient parvenus, et le célèbre David jouant de la harpe du musée des Augustins de Toulouse garde bien le secret des mélodies qui  soutenaient  ces prières de louange ou de supplication.
Dans les communautés monastiques, les psaumes sont chantés par l’assemblée des religieux scindée en deux groupes, qui alternent le chant des strophes  (d’où le nom de chant « responsorial ») sur des « tons» de psalmodie (mélodies convenues et « passe-partout ») connus de tous. De brèves Antiennes grégoriennes encadrent le chant du psaume.

L’office des vêpres, outre cinq psaumes quotidiens, comporte aussi une Hymne (chant poétique de louange de Dieu ou du saint du jour, dont l’origine remonte aux premiers siècles de l’Eglise), et le chant du Magnificat (ou Cantique de la Vierge) tiré des Evangiles.

La fête des Saints Innocents se situe le 28 décembre : quelques jours après Noël, l’Eglise rappelle cet épisode dramatique où Hérode, roi de Judée, jaloux de voir apparaître en la personne de Jésus un rival potentiel, fit exécuter les enfants de moins de deux ans de Bethléem et des environs. Cette décision motiva la « Fuite en Egypte » de Marie, Joseph et Jésus sur leur âne, sujet de bien des représentations iconographiques.

Les « Vêpres en FA majeur pour la fête des Saints Innocents » ont été écrites en 1793 par Johann Michaël Haydn, frère cadet du grand Joseph Haydn,  à l’intention des petits chanteurs de la cathédrale de Salzbourg, où il accomplit la majeure partie de sa carrière musicale au service du prince-évêque.
Proche de Mozart par son style, il s’illustra essentiellement  comme compositeur de musique religieuse, laissant à la postérité nombre de motets, requiem, vêpres, et une bonne trentaine de messes.

Les effectifs vocaux et instrumentaux utilisés sont les mêmes que dans d’autres messes de Haydn : un chœur a voix égales (soprano, mezzo, alto) dont se détachent des voix solistes, deux parties de violon et un continuo (violoncelle, orgue) (deux parties de cor sont proposées « ad libitum »).

L’hymne « Salvate, flores Martyrum » ne fait intervenir que le chœur (pas de solistes) et l’orgue, et adopte un ton plus populaire avec une étonnante ritournelle de l’orgue. Dans les six autres morceaux, les solistes issus du chœur dialoguent avec lui, cet élément « concertant » se trouvant particulièrement accentué, après la parenthèse de l’hymne, dans le Magnificat terminal, morceau le plus développé des sept.

Deux concerts ont clôturé l’année 2010:

Le premier s’est déroulé le dimanche 28 novembre en l’église St Exupère de Toulouse. Concert partagé avec deux organistes de renom: Stéphane Bois et Matthieu de Miguel, qui nous ont fait découvrir les possibilités de l’orgue à 4 mains (et autant de pieds ?), dans des transcriptions dont ils sont les auteurs. Viva Voce a interprété des oeuvres a capella : « Benedictiones » de Roland-Manuel, « Trois Antiennes à la Vierge Marie » d’Henri Busser, « La mort du rossignol » et « le passant de Passy »  de Florent Schmitt, Deux « Fables de La Fontaine » de Marie-Madeleine Duruflé

Une brève mais belle collaboration a réuni ensuite Viva Voce et l’orgue (tenu par Stéphane Bois) dans les toujours appréciées « Litanies à la Vierge Noire » de Francis Poulenc.

A l’approche de Noël, Viva Voce a ensuite apporté sa contribution à un concert conçu par Mariano Sans en l’église de Tournefeuille et qui réunissait deux autres choeurs: l’ensemble vocal de Tournefeuille et le choeur  « Plein-Jeux ».